Ce lion m’a appris quelque chose sur mon métier : nous avons tous un texte, mais lui il en sortait et il ouvrait la porte sur autre chose Niels Arestrup
A une période où la pleine conscience est l’objectif que se fixe de nombreux humains, dans Sous le soleil de Platon sur France Inter en ce 21 août, le philosophe Charles Pépin et le comédien Niels Arestrup s’émerveillent de la capacité de l’animal d’être dans l’instant présent.
En fin de cet épisode de Sous le soleil de Platon sur le charisme, Niels Arestrup estime que le charisme est réservé à l’humain. Je ne suis pas sûr qu’on puisse dire d’un animal qu’il est charismatique. Par contre, au niveau de la présence, on est battu largement par l’animal. J’ai appris avec un lion ce que c’était que la présence. Il y a quelques années, lors d’une émission diffusée le soir sur Canal Plus, en public, un dompteur travaille avec un lion en direct, sans prendre de précaution particulière. Le silence est demandé pour accueillir Romain, ce lion qui est considéré comme un acteur, un lion habitué des plateaux ciné. Romain connaît par cœur son texte : sortir de sa cage, faire quelques pas et se coucher au pied de son dompteur, puis retourner à sa cage. Un texte simple, tranquille, garanti ! Ce lion commence sa représentation : il sort de sa cage, fait quelques pas et tourne sa tête vers le public, « des gigots d’agneau assis sur des strapontins ». Puis le lion reprend sa marche. « Personne ne peut dire ce que ce lion avait en lui, en cet instant. Mais il était capable de sortir de son texte pour ouvrir une possibilité de vie. Ce lion m’a appris quelque chose sur mon métier : nous avons tous un texte, mais lui il en sortait et il ouvrait la porte sur autre chose. Laissez venir en soi des pensées, des envies structure la présence. Sur scène, je pense à Romain, très modestement. Rien n’a plus de présence que la vie.
« Réussir à égaler l’animal, enfin… »
Et Charles Pépin de conclure : On n’arrête pas d’opposer l’homme à l’animal. Et on pense que l’homme a des choses en plus que l’animal n’a pas. Alors que peut-être, c’est l’inverse. On essaie de travailler dans notre progrès, notre développement. C’est simplement pour arriver à égaler, enfin, l’animal. On met des siècles, des millénaires à construire un avion pour finalement être un oiseau. Et on travaille pendant quarante ans pour avoir la présence d’un lion.
