« Je suis un chat. D’aucuns se demanderont comment un chat peut décrire aussi fidèlement ce qui se passe dans la tête de son maître. Je sais le faire, c’est tout. » Natsume Sôseki
Amoureux des chats et de l’histoire japonaise, ce roman de Natsume Sôseki captive par son érudition, ses influences swiftiennes, son humour et sa poésie, mais aussi par une clairvoyance environnementale et une sensibilité animaliste. Il a d’abord été publié de 1905 à 1906 en feuilleton dans un journal. Identifiez-vous au chat, héros de ce roman, pour comprendre le Japon du début du XXème siècle, un pays en pleine transition. Mais découvrez avant tout la justesse et la délicatesse du regard posé par Natsume Sôseki sur le chat, regard à travers lequel une éthique de l’animal non humain apparaît en filigrane. De la dénonciation de la cruauté à l’égard des animaux, à l’importance de voir en chaque animal une personne et un sujet poétique : le chat de Sôseki n’est pas qu’un artifice pour raconter le Japon, c’est un être sensible à part entière.
Extraits de « Je suis un chat » de Natsume Sôseki
Dans quelle mesure les hommes ont-ils apporté leur contribution à la création du ciel et de la terre ? Pas la moindre. Ils ne sont donc pas fondés à considérer comme leur propriété quelque chose qu’ils n’ont pas fait...

… Plus j’observe les humains avec qui je vis, plus je me sens porté à affirmer que ce sont des égoïstes. Les enfants en particulier ont une conduite au-delà de toute expression. Quand l’envie les en prend, ils vous mettent les pattes en l’air et la tête en bas, vous enferment la tête dans un sac, vous lancent çà et là. Mais que j’essaie de montrer un peu les griffes, et voilà toute la famille à mes trousses pour me molester...
… Shiro me dit qu’il n’y a rien d’aussi cruel que les hommes. Elle a mis au monde quatre merveilleux chatons. Mais au troisième jour, l’étudiant de la maison les a emmenés vers le bassin et les y a jetés tous les quatre. Elle m’a raconté cette histoire en pleurant et m’a dit que pour nous, les chats, puissions réaliser notre amour pour notre progéniture, il nous faudrait lutter avec les hommes et les exterminer. Je pense qu’elle a raison en tout point...
… A un œil non averti, les chats semblent tous les mêmes. Mais quand on entre dans leur société, on s’aperçoit qu’elle est passablement compliquée et que le dicton des hommes « autant de têtes, autant d’avis » s’y applique directement. Les hommes ont toujours les yeux en l’air sous quelque prétexte de progrès ou autre ; il est lamentable de les voir parfaitement incapables de discernement dans les menus détails de nos traits, pour ne rien dire de notre personnalité...
… Les chats se déplacent aussi silencieusement que s’ils foulaient l’air ou qu’ils marchaient sur des nuages. Leur pas est doux comme le bruit d’un gong en pierre qu’on frappe dans l’eau, doux comme le son d’une harpe chinoise au fond de quelque caverne. Leur marche est parfaite comme l’intuition profonde et indescriptible des plus hautes vérités spirituelles.

