A quoi rêve un chat d’Angora qui dédaigne les douceurs d’un foyer ? Emile Zola met un chat naïf et gras au pied du mur de ses rêves de liberté. S’en suivent une journée et une nuit loin de la torpeur bourgeoise de l’appartement où vit le félin sans nom.
Issu du recueil Les Nouveaux contes de Ninon, Le Paradis des chats, publié en 1874, a été écrit par Emile Zola. Cette nouvelle a pour héros un chat légué par sa tante à l’auteur du texte. Chat oisif et dodu, chat repu d’opulence et de mets délicats, chat envieux de quatre matous vagabondant sur les toits, avec des hurlements de joie. Ce chat, sans nom, incarnation métaphorique du bourgeois prisonnier d’un quotidien luxueux mais fade, d’une tiédeur molle, convoiteux de liberté et de risque, naïf et inexpérimenté, châtré et châtié. La figure du chat est un prétexte qui permet à Zola de se gausser de la figure du bourgeois. Il y a peu de félin dans cette nouvelle, mais beaucoup d’humain. Une nouvelle en droite ligne des contes de La Fontaine.
Extraits
Les caresses me semblaient fades, la mollesse de mon lit me donnait des nausées, j’étais gras à m’en écœurer moi-même. Et je m’ennuyais tout le long de la journée à être heureux.
Le véritable bonheur était sur ce toit, derrière cette fenêtre qu’on fermait si soigneusement. Je me donnais pour preuve qu’on fermait ainsi les portes des armoires, derrière lesquelles on cachait la viande.
Jamais je ne pus comprendre que la viande des cuisines n’appartient pas aux chats.
Avez-vous vu cet homme qui avait une hotte et un crochet ? Eh bien, s’il nous avait aperçus, il nous aurait assommé et mangés à la broche !
Un chat gras comme vous n’est pas fait pour les joies âpres de la liberté.
Le véritable bonheur, le paradis, mon cher maître, c’est d’être enfermé et battu dans une pièce où il y a de la viande. Je parle pour les chats.
