« L’Œil du loup » de Daniel Pennac, 1984

« Le meilleur des hommes ne vaut rien » Daniel Pennac

Comment échapper à l’enfermement ? Que l’on soit loup ou jeune adulte ? Comment entrer en communication avec un être d’apparence différent ? Quelques-unes des questions auxquelles Daniel Pennac se propose de répondre. Le tout sur un ton poétique, intemporel et sobre. Un conte à cheval entre le passé et le futur, l’Afrique et l’Europe, la guerre et la paix, l’animal humain et non humain.

Paru en 1994, L’Œil du loup de Daniel Pennac raconte l’histoire d’une rencontre dans un zoo entre Loup Bleu, un loup d’Alaska, et Afrique, un jeune garçon. Deux solitudes qui entrent en lien. A la fois roman initiatique, histoire d’amitié entre un jeune humain déraciné et un loup en captivité, L’Œil du loup est aussi un conte philosophique qui délivre un message animaliste à plusieurs entrées : il dénonce la chasse, la captivité, les zoos prisons. Il redonne ses lettres de noblesse au loup : valeureux, fidèle à sa meute, sage et doué de sensibilité. Il pointe du doigt la déforestation massive et la cupidité humaine au détriment du vivant. Il porte tous ses espoirs en la lucidité et la témérité de la jeunesse. Daniel Pennac invite l’humain à regarder l’animal non comme une représentation, mais comme un être singulier avec lequel il est de notre responsabilité d’entrer en communication. Loup Bleu et Afrique ont tous les deux connu l’exil et la souffrance à cause des hommes : autre invitation de l’auteur à traiter l’animal non humain comme notre égal, un être sensible.

Extraits

– A quoi ressemblent les hommes ?
– Les hommes ? Deux pattes et un fusil »
– Les hommes mangent tout : l’herbe des caribous, les caribous eux-mêmes et, s’ils n’ont rien à se mettre sous la dent, ils peuvent aussi manger du loup !
– Les hommes ont deux peaux : la première est toute nue, sans un poil, la seconde, c’est la nôtre.
– L’Homme ? L’Homme est un collectionneur. (Cette phrase là personne ne la comprenait.)

(…)
Alors, ce fut le zoo. Enfin, les zoos. Sol de ciment et toit de tôle. Sol de terre battue et ciel ouvert. Petites cages et gros barreaux. Enclos et grillages. La viande qu’on vous lance de loin. Les peintres du dimanche. Les enfants des hommes qui ont peur de vous. Les saisons qui passent… Tout seul. Parmi des animaux inconnus, eux aussi dans des cages…
– L’Homme est un collectionneur.
Il comprenait maintenant cette phrase.

Mais le garçon sait bien qu’un nom ne veut rien dire sans histoire. C’est comme un loup dans un zoo : rien qu’une bête parmi les autres si on ne connaît pas l’histoire de sa vie.

Afrique était un bon berger. Il avait compris une chose très simple : les troupeaux n’ont pas d’ennemis. Si le lion ou le guépard mange une chèvre de temps en temps, c’est qu’il a faim.