A notre première rencontre, il a pris la fuite. C’était un soir de printemps 2018. Lapin, rat, fouine, chat ? Le mystère a duré plus d’un mois avant que je ne l’aperçoive un soir : un chat noir et blanc, famélique et sauvage, sans âge. Tous les soirs, je lui donne à manger. Il ne sort que la nuit. Je l’aperçois par une fenêtre. L’humain le terrorise. Au fil des mois, je tente des approches, lui parle. Je lui demande comment il souhaite être nommé. Ibao et moi passons des heures à nous observer, un dialogue silencieux, avec les yeux, à quelques mètres l’un de l’autre. Deux fois par an, il disparaît une ou deux semaines. En avril 2020, je crois l’avoir perdu. Mais il réapparaît un mois après, en pleine journée : affamé, un œil crevé. Le Pirate est désormais son surnom. Il se jette dans mes jambes, oublie ses peurs. Je tente une caresse. Il m’assène un coup de patte et de griffe. Depuis ce retour, il n’est plus reparti. Sauf le dimanche, il disparaît une journée entière : repas de famille, rendez-vous galant, virée entre potes ? Lui seul le sait ! Les autres jours de la semaine, il danse entre mes jambes, apprécie désormais mes mains et ronronne à chacune de mes apparitions. Il m’appelle quand il a faim. Il refuse de rentrer dans ma maison. Je lui ai aménagé un coin à lui dans un hangar. Ce qu’il préfère, c’est dormir au soleil devant ma porte. Tantôt familier, tantôt en retrait, tantôt baroudeur, tantôt charmeur, il est entre deux univers : celui de l’humain et du non humain. Il vit sa vie, non loin de moi. Et ça me ravit qu’il m’ait choisie.
Ce que je souhaite pour les animaux : que les humains qui les accueillent en prennent soin comme des animaux non humains à part entière, avec des besoins spécifiques à respecter. Les animaux non humains ne sont pas des enfants et l’humain ne doit pas lui faire subir ses névroses.
Ibao, dit le Pirate
