« Les canicides, un enjeu de civilisation »

Les canicides, un enjeu de civilisation : c’est par ce titre que le quotidien des livres et des idées, Non Fiction, introduit l’essai d’Arnaud Exbalin, maître de conférences à l’université de Nanterre, La grande tuerie des chiens. Mexico en Occident XVIIIe- XXIe siècle.
Les canicides ne répondraient ils pas qu’à un argument sanitaire ?

A la fin du XVIIIe siècle, près de 35 000 chiens ont été massacrés à Mexico par les autorités. Deux canicides ordonnés par les vice-rois, l’un en 1790-1792 (20 000 victimes), l’autre en 1797-1798 (14 500). L’errance canine est chassée. Pour les Amérindiens, le chien est un auxiliaire de chasse, le symbole de la fidélité. Il est aussi psychopompe, conducteur des âmes dans l’au-delà, ou nourriture rituelle. Dans le système de croyances amérindiennes, les frontières entre humain et non-humain sont incertaines. Tuer des chiens a donc une signification d’une autre nature que la destruction d’êtres nuisibles. La cruauté de ces canicides est dénoncée. Ces tueries de chiens ne seraient elles pas une affirmation d’autorité souveraine de la part du vice-roi du Mexique, face aux autres pouvoirs locaux dans la colonie ?

Au siècle des Lumières, la catégorie chien errant est inventée dans le domaine juridique. Dans les métropoles où sont organisées la rationalisation urbaine, l’exclusion des animaux, l’assainissement, la surveillance…, des massacres sont menés. Paris, Cuba, Madrid ou Istanbul emboîtent le pas génocidaire au Mexique. Arnaud Exbalin élargit la focale au niveau géographique, temporel, mais aussi sociologique et politique : il examine le couple chien errant/vagabond, la façon dont on traite les animaux révélant la manière dont on traite les hommes. Il se demande si ces tueries de masse n’ont pas été un moyen sciemment mobilisé pour effrayer les misérables. Les canicides, un moyen de mettre en garde la canaille et les classes dites dangereuses ?

Les canicides, un enjeu de civilisation – Non Fiction du 1er septembre 2023